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Risques concernant l'élevage ou le déplacement d'espèces exotiques ou invasives

Message non luPosté: Jeu 18 Sep 2008 15:24
par Jarode
Les risques concernant l'élevage ou le déplacement
d'espèces exotiques ou invasives


Il est possible de lire ici ou là, des informations alarmistes sur le commerce des fourmis ou plus globalement sur les échanges de gynes entre personnes passionnées, indiquant, entre autre, que ces circulations de fourmis présentent un danger pour notre faune (batardisation des espèces, implantation d'espèces invasives etc). Le présent texte a pour vocation de faire un peu le tri et de raison garder.
Tout d'abord, il appartient de faire la distinction entre fourmis endémiques, fourmis exotiques et fourmis tropicales. Endémiques (de notre point de vue européen) désignent les fourmis vivant déjà sur le continent européen, exotiques venant d'un autre continent, et tropicales vivant dans des conditions bien particulières (chaleur et hygrométrie élevées) et souvent prisées pour leur coloris attrayant.

Les fourmis endémiques de France:
Les espèces présentes en France ne présentent aucun danger. Si une espèce de France métropolitaine n'est pas présente en un lieu précis dans l'hexagone, c'est tout naturellement que le milieu n'est pas propice à son développement (sinon elle l'aurait colonisé depuis des milliers d'années) car il n'y a aucune barrière naturelle infranchissable par les fourmis en France (Océans, Mers, Hautes et longues chaines de montagnes).
  • Si l'on amène une espèce du Sud de la France comme Crematogaster scutellaris par exemple dans le Nord et que l'on essaie même volontairement de l'implanter dans ce nouveau milieu, elle mourra obligatoirement car elle ne pourra tout simplement pas survivre dans ce biotope qui ne lui convient pas, donc aucun danger.
  • Concernant la batardisation des espèces (un Lasius niger du nord se reproduisant avec un Lasius niger du sud, pour prendre un cas extrême), aucune étude sérieuse ou "preuve" ne permet détailler une telle théorie que l'on pourrait qualifier de spéculation alarmiste.

Les espèces endémiques au continent européen:
Idem que pour les espèces de France métropolitaine: il n'y a aucune barrière naturelle infranchissable par les fourmis en Europe (Océans, Mers, Hautes et longues chaines de montagnes) et on retrouve un peu partout les mêmes espèces (ex: une espèce belge ne représente aucun danger pour la France contrairement à une espèce venant d'Australie).

Les espèces exotiques:
Il convient d'être prudent, car elles représentent un danger potentiel. Distinguons les espèces invasives et nocives à notre écosystème qui sont déjà présentes en France et les autres:
  • concernant les espèces exotiques déjà présentes en France et que l'on qualifie d'invasives par leur prolifération rapide et les dégâts qu'elles occasionnent, nul n'est besoin de remuer le couteau dans la plaie et de les implanter ailleurs dans l'hexagone. Concernant une espèce comme Linepithema humile, il est inutile de jouer avec le feu, même si n'ayant colonisé que les zones méditerranéenne, il est peu probable qu'elle puisse survivre dans des régions plus nordiques.
  • concernant les espèces exotiques non présentes en France il y a danger si et seulement si elles proviennent d'un lieu séparé de la France métropolitaine par des barrières naturelles infranchissables naturellement par les fourmis en l'occurrence les océans, les mers et les hautes chaines de montagne.
Continuons maintenant sur le danger potentiel que représente les espèces exotiques et insistons bien sur potentiel. Il faut distinguer les espèces exotiques dont le biotope (climat principalement) d'origine est trop différent de celui des Régions françaises et qui ne pourront pas survivre hormis dans des niches que sont les serres tropicales où les habitations chauffées en hiver (Monomorium pharaonis). Il existe des pays sur d'autres continents (Amérique du nord, certaines partie de l'Asie dont le Japon etc) où le climat et le biotope sont proches de certaines régions de France ou même d'Europe et la seule raison pour laquelle elles n'y sont pas présentes s'explique par ces fameuses barrières naturelles qui sont la clé de la compréhension de ce sujet. A cause de ces barrières naturelles infranchissables par les fourmis, elles n'ont pas pu coloniser ces milieux qui seraient pourtant propices à leur développement. Dans ce cas précis, le danger est réel !

Les espèces tropicales:
L'Europe ne dispose pas de zone réellement proche des conditions requises pour les fourmis tropicales (forte chaleur alliée à une forte hygrométrie). Le risque zéro n'existe jamais mais les différences de climat sont telles, que le danger peut être qualifié de négligeable. Quiconque a déjà fait de l'élevage de fourmis tropicales connait la difficulté d'une telle entreprise et connait les nombreux échecs qui y sont liés.

Dernière précision et de taille, toutes les fourmis dites invasives qui se sont installées en dehors de leur biotope d'origine l'ont certes été à cause de l'homme mais ne sont pas le fait de myrmécophiles amateurs; ce sont les transports internationaux de marchandises qui sont à l'origine de leur délocalisation.

La batardisation de la faune:
Certains avancent un risque de "batardisation de la faune" lorsque 2 individus inter féconds issus de 2 situations géographiques et biotopes différents se rencontrent et engendrent une progéniture.
Tout d'abord définissons simplement la "batardisation de la faune".
La batardisation de la faune est un terme à la connotation assez négative définissant l'apparition d'une progéniture déficiente issu d'un croisement d'individus ayant un génotype suffisamment différent.
En utilisant cette expression on met en avant le fait que dans la situation sus cité le croisement de 2 individus engendre une progéniture moins apte à survivre et à se développer dans son environnement.
Ceci est une possibilité au même titre que ce croisement puisse au contraire engendrer une progéniture plus résistante.
De la même cause il peut donc en résulter aussi bien un bénéfice qu'une déficience.
Dans "la batardisation de la faune" la déficience est bien sûr mis en avant.
A très court terme cette batardisation déficiente est bien évidemment délétère pour l'espèce mais à long terme il n'en ai rien puisque selon la théorie de l'évolution des espèces de Charles Darwin unanimement admise par la sphère scientifique, les plus forts se développeront au détriment des plus faibles, c'est la loi de la nature.
Ainsi les individu déficitaires issus d'une batardisation disparaitront tôt ou tard.
Cette menace n'en ai donc pas une pour l'espèce en question.
(Une batardisation de masse pourrait être dangereuse, encore faut-il que cette batardisation soit volontairement induite à très grande échelle ce qui implique des moyens considérables qu'un Etat entier ne pourrait peut-être même pas mettre en œuvre).

Le transport d'éléments possiblement pathogène:
Lorsque l'on importe une espèces on importe bien d'autres choses.
Au même titre que l'Homme vit en symbiose avec plusieurs 10e de bactéries qui nous sont bénéfiques, la majorités des espèces pluri cellulaires complexes font de même, les fourmis n'échappent pas à cette règle.
Aussi les fourmis peuvent transporter d'autres microbes, virus, germes, bactéries, parasites qui ne leur sont a contrario nullement utile (euphémisme).
Tous ces animaux microscopiques ou non transportés par l'espèce non endémique peuvent s'avérer dangereux pour la bioscénose locale même s'ils ne le sont pas pour l'hôte original.
En effet, les espèces de la bioscénose locale n'ayant pas développé de mécanisme de défenses vis à vis des ces "intrus" car n'ayant jamais été en contact avec ces derniers, elles sont vulnérables.

Vous souhaitez néanmoins élever des fourmis non endémique ?
Les données du problème posé, si vous décidiez malgré tout de sauter le pas et d'élever des fourmis non endémiques au continent européen, voici quelques éléments à savoir:
  • les espèces exotiques sont généralement beaucoup plus difficiles à élever du fait, entre autre, des conditions très différentes nécessaires à leur survie et du peu d'informations que l'on dispose sur leur condition de maintient en captivité, donc à absolument proscrire si vous êtes néophyte.
  • ne jamais relâcher une espèce exotique, inconnue ou incertaine dans la nature et ne surtout jamais relâcher une espèce dans un milieu que l'on a pas soit même prélevé dans ce milieux, quitte à être obliger de les euthanasier. Cela évite tous les risques. (ex: une colonie acheté et ayant été identifié comme XXX (espèce française) par le vendeur qui serait en réalité YYY une espèce exotique ou invasive).
  • veiller impérativement à l'efficacité de votre système anti-évasif quitte à en mettre plusieurs en action. Le meilleur anti évasion serait une aire de fourragement (=ADF) avec talcool ou huile de paraffine couplé à une grille micro mailles recouvrant l'ADF mais comme vous devez tous le savoir, le risque zéro n'existe pas, qu'il s'agisse de myrmécologue scientifique ou de simples myrmécophiles amateurs que nous sommes.
  • choisissez de préférence une espèce dont le climat et biotope sont aux antipodes de ceux des régions françaises, ce qui réduit les risques en cas d'évasion.


Ecrit par etii et Jarode

Re: Risques concernant l'élevage ou le déplacement d'espèces exotiques ou invasives

Message non luPosté: Jeu 18 Sep 2008 17:54
par buldo
:slap: Le risque zéro n'existant pas, donc prudence aux futurs éleveurs d'espèces exotiques...choisissez de préférence une espèce dont le climat et biotope sont aux antipodes de ceux des régions françaises.
Personnellement, je ne pense pas me lancer dans cet élevage et ne le conseillerais pas.

Re: Risques concernant l'élevage ou le déplacement d'espèces exotiques ou invasives

Message non luPosté: Jeu 18 Sep 2008 23:27
par Myrmé
Du sérieux et des infos !

Re: Risques concernant l'élevage ou le déplacement d'espèces exotiques ou invasives

Message non luPosté: Sam 19 Sep 2009 12:31
par Jarode
Ajout de 2 points: la batardisation de la faune et le transport d'éléments possiblement pathogènes.

Re: Risques concernant l'élevage ou le déplacement d'espèces exotiques ou invasives

Message non luPosté: Sam 19 Sep 2009 17:57
par etii
Autant je serais d'accord sur le transport d'éléments possiblement pathogènes, autant la batardisation me laisse septique :think: . D'ailleurs, tu as bien mis en avant la problématique :-)

Re: Risques concernant l'élevage ou le déplacement d'espèces exotiques ou invasives

Message non luPosté: Sam 19 Sep 2009 22:19
par buldo
Tous ces animaux microscopiques ou non transportés par l'espèce non endémique peuvent s'avérer dangereux pour la biocénose locale même s'ils ne le sont pas pour l'hôte original.
Une raison de plus pour éviter ces espèces.

Re: Risques concernant l'élevage ou le déplacement d'espèces exotiques ou invasives

Message non luPosté: Sam 19 Sep 2009 23:38
par Mr Propre
Félicitations à tous les deux pour ce travail de recoupement et de vulgarisation !
Ça pourra surement servir à certains ...

Attention cela dit au terme "endémique" qui signifie que l'espèce n'est présente que sur cette partie du globe et pas ailleurs. Exemple : Varanus komodoensis est un varan qui vit à l'état sauvage uniquement sur les iles de Komodo, il n'est présent nulle part ailleurs ! (je prends volontairement un exemple extrême !)
Je ne crois pas que nous ayons en France une espèce de fourmis qui ne soit présente qu'en France et pas dans nos pays limitrophes (Belgique, Italie...).

Re: Risques concernant l'élevage ou le déplacement d'espèces exotiques ou invasives

Message non luPosté: Dim 20 Sep 2009 02:19
par etii
*non* pas que :-D Tu chipotes ;-)
Endémique: Se dit des espèces propres à un territoire bien délimité. Et a priori, toutes les espèces sont propres à un territoire, tout dépend de l'échelle (du territoire concerné): pays ou continent. La plupart des espèces que nous élevons sont donc endémiques au continent européen (Europe géographique, non politique).
Tu peux même aller plus loin en estimant que l'origine de l'espèce est le territoire endémique :-p

Re: Risques concernant l'élevage ou le déplacement d'espèces exotiques ou invasives

Message non luPosté: Dim 20 Sep 2009 11:40
par Jarode
Merci pour cette précision Mister Propre.
Pour mon ajout c'est un premier jet donc si y a des choses à changer -> c'est ok.

J'ai ajouté ces 2 points car j'avais relu il y a déjà de cela quelque temps le document auquel se réfère généreusement et sans réserve AF et j'ai vu que l'on avait oublié 2 choses.

Autant je serais d'accord sur le transport d'éléments possiblement pathogènes, autant la batardisation me laisse septique :think: . D'ailleurs, tu as bien mis en avant la problématique :-)


En fait si on relâche un nombre suffisant d'individus sexués sélectionnés pour engendrer avec les autres individus "locaux" une progéniture plus faible alors je pense qu'il peut y avoir une sacrée cascade qui peut mener à la disparition de l'espèce. Car si l'opération est suffisante et longue, toutes les fourmilières seront à un moment donné issu de ce croisement. Ainsi l'espèce fait un bon en arrière niveau adaptation et si ce bon est trop important et bien finalement au final leur handicape sera bien trop important pour qu'elles puissent le surmonter et évoluer.
D'où ma parenthèse.

Tous ces animaux microscopiques ou non transportés par l'espèce non endémique peuvent s'avérer dangereux pour la biocénose locale même s'ils ne le sont pas pour l'hôte original.

Une raison de plus pour éviter ces espèces.

Si c'est pour les relâcher et qu'elles aient un contact important avec la biocénose locale oui, il vaut mieux les éviter, sinon si elles restent sagement dans leurs nid et bien il n'y a quasiment aucun problème, le risque 0 n'existant pas.

Pour finir je n'ai pas mentionné l'hypocrisie de certaines personnes qui bien que prônant les risques de déplacement de fourmis non locales n'ont par contre aucun problème avec le déplacement d'autres espèces non locale comme les blattes exotiques que tout le monde connait.
Allez comprendre la logique, c'est irresponsable de déplacer des fourmis même d'une région de France à l'autre mais c'est tout à fait normal d'importer des blattes genre N. cinerea d'Afrique. :eh:

C'est franchement consternant d'assister à une telle logique et à si peu d'esprit critique.

Re: Risques concernant l'élevage ou le déplacement d'espèces exotiques ou invasives

Message non luPosté: Dim 20 Sep 2009 14:11
par MYRMECIEN
Mr Propre, nous avons la Polyergus qui ne se trouve qu'en France, et si nous cherchons bien je pense quelle ne doit pas être la seule espèce dans ce cas :think: :think: